Publié le 8 Juillet 2014

Article publié par Stéphane

 

Quand j'ai débuté ce blog, il y a bientôt 4 ans, j'avais écrit un article sur les applications de l'Aïkido en Self-Défense. Je viens de terminer cette série d'articles présentant les arts martiaux les plus représentatifs de la défense personnelle par l'Aïkijutsu. La boucle est bouclée ! Bien sûr il s'agit d'une sélection arbitraire de disciplines qui m'ont toutes interpellées dans ma recherche personnelle pour diverses raisons (le ministères des sports a recensé 175 pratiques ou styles différents en 1995, impossible de tout essayer !). A l'exception du Kajukenbo, j'ai pu pratiquer toutes les disciplines que je vous ai présentées, que ce soit quelques dizaines d'heures dans des stages intensifs, quelques années, voire une ou deux décennies pour certaines. 

 

J'ai toujours pratiqué dans l'optique d'apprendre puis d'améliorer ma capacité à me défendre en cas d'agression, et j'ai toujours jugé l'enseignement reçu et les disciplines concernées à l'aune de cette recherche. J'ai eu l'occasion de suivre l'enseignement de techniciens reconnus et des quelques grand maîtres, tous d'une grande efficacité.

 

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      Les situations d'agressions physiques de la "vraie vie" sont toujours très différentes de ce qui est travaillé dans l'univers feutré et sécurisé du Dojo, surtout sur le plan psychologique et émotionnel !

 

Comment conclure, provisoirement, cette réflexion ?

Dans les points positifs il faut constater que tous les arts martiaux ont une cohérence interne et un potentiel d'efficacité certains. Comme Richard Douieb le diit à propos du Krav Maga, ce n'est pas la discipline qui fait l'efficacité mais l'homme. Toutes les disciplines martiales recèlent des réponses potentiellement efficaces pour se défendre. Mais il est nécessaire de bien connaître la génèse d'un art martial pour le comprendre, savoir dans quel contexte socio-historico-culturel il est né, quelles sont les sources martiales qui l'ont inspiré et pour quelle application guerrière il a été développé. Seule cette connaissance peut permettre de le confronter à la réalité à laquelle ont veut le soumettre pour apprécier ses forces et ses limites. La réalité d'un guerrier japonais du 10e siècle ou d'un militaire israëlien des années 50 a peu eà voir avec les situations que nous pouvons vivre aujourd'hui en France.

Il faut également constater que si chaque discipline a ses propres codes, sa propre philosophie, une grande partie du panel technique semble être commun à la plupart des arts martiaux. Deux explications à cela ; la première est que nous sommes quasiment tous faits sur le même modèle physiologique et qu'il n'y a pas 2000 façons de tordre un bras, de frapper ou de déséquilibrer un corps. La deuxième est que la plupart des arts martiaux actuels se sont nourris les uns des autres et que beaucoup se sont inspirés, à un moment ou à un autre de leur histoire récente des arts martiaux japonais. Le succès mondial du Jujitsu au début du XXe siècle a inspiré beaucoup de disciplines. Ainsi j'ai pu retrouver une technique comme Kotegaeshi (retournement du poignet) dans la plupart des arts martiaux que j'ai pratiqué ! Ce qui change essentiellement d'une discipline à l'autre est la façon d'utiliser le corps, la stratégie générale d'application et la philosophie. De la même façon la Boxe Anglaise a eu une aura internationale et beaucoup de systèmes de combat ont adopté ses frappes. 

 

Dans les points négatifs, j'ai constaté que les situations travaillées, les distances de départ des attaques, et le type d'attaque sont toujours très codifiés. On travaille sur des réponses types (attaque 1 > je peux faire des défenses A,B,C ou D - attaque 2 > je peux faires les défenses A, D et F...) à des actions clairement perçues. On est très loin de la réalité de la rue où les attaques partent généralement de beaucoup plus près et par surprise. La raisonnement cognitif (la logique habituelle) est alors inefficace parce que trop lent. La répétition inlassable des techniques pour forger la mémoire musculaire et le conditionnement opérant sont également court-circuités par des gestes réflexes. De même la complaisance des attaquants qui ont souvent peur d'être blessé (à juste titre) parasite également l'honnêteté de l'entraînement, d'autant que celui-ci est toujours limité au seul moment de l'action défensive. On évite ainsi la gestion de la part verbale de l'agression (menace, insultes...) et du stress qui ont une incidence énorme sur la capacité à se défendre. Sans parler des conséquences pénales des techniques de défense employées qui ne sont jamais évoquées. J'ai souvent vu, quelques soit la discipline, des enseignants poignarder ou égorger (symboliquement) leur attaquant après l'avoir désarmé sur une attaque au couteau... c'est alors la prison assurée pour meurtre !

 

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         Certaines techniques issues des arts martiaux sont très efficaces en combat sportif mais ne prennent pas en compte la réalité de la complexité des situations de rue... que faire si l'homme bleu sort un couteau ? On peut lui casser le coude mais on ne pourra empêcher le coup de couteau. Que faire si des complices viennent l'aider alors qu'on est immobilié au sol ?

 

Je concluerai donc de la manière suivante : pratiquer un art martial est une source de plaisir et de travail sur soi d'une grande richesse, que ce soit sur le plan physique, mental, spirituel. Il y a de nombreuses disciplines, chacun peut donc trouver chaussure à son pied et apprendre des techniques qui auront un vrai potentiel défensif. Mais si votre priorité est d'apprendre à vous défendre dans le monde réel, il faut bien savoir faire la différence, avec honnêteté, entre les situations du Dojo (ou du Gymnase) et la rue. Musachi, un célèbre escrimeur japonais, disait que ce qui est valable au Dojo, n'est valable qu'au Dojo... c'est toujours vrai. Il est important également de choisir une discipline en fonction de ses impératifs personnels : par exemple un personnel éducatif ou hospitalier, souvent confronté à des situations d'agressions, sera très mal vu s'il se défend en frappant. Il vaut mieux pour lui éviter les disciplines de percussions pour travailler plutôt les clés articulaires.

A titre personnel, je considère que les arts martiaux japonais restent une très bonne base technique avec une pédagogie accessible à tous, mais les situations travaillées sont souvent trop codifiées. Les disciplines de Close-Combat, comme le Krav Maga sont parfois plus pragmatiques et réalistes (quoique... j'y ai également vu des techniques beaucoup trop complexes pour faire face à des situations réelles chaotiques). Mais elles sont rarement respectueuses du cadre légal français. J'apprécie beaucoup le Keysi Figthing Method pour la vérité des situations travaillées (mass attack notamment) et j'ai une admiration particulière pour le travail développé par Eric Quéquet et Robert Paturel pour l'ADAC (Boxe de rue) qui est ce qui se rapproche le plus, à mon sens, de ce que doit être la Self-Défense en France. J'ai aussi un goût particulier pour le Combat Russe qui est une parfaite synthèse de Jujitsu, d'Aïkido, de Judo (Sambo) et de Boxe avec une utilisation du corps très proche du Systema.


Si la Défense Personnelle est votre priorité, vous pouvez donc vous orienter vers un instructeur ADAC, un cours de Krav Maga (ou Kapap) en toute confiance pour une approche réaliste et pragmatique mais certains styles de Jujitsu, Aïkijutsu, Taï Jutsu, Karaté Jutsu très orientés Self-Défense pourront aussi vous convenir si vous souhaitez évoluer dans un environnement plus "traditionnel" et codifié. Keysi, Combat Russe ou Kajukenbo pouront aussi parfaitement vous donner satisfaction, mais les clubs sont rares. Vous pouvez aussi choisir un cours de Self-Défense "indépendant" qui ne soit pas lié à une discipline ou une fédération précise. Mais attention, beaucoup d'instructeurs de Self-Défense enseignent en se basant sur la connaissance d'une seule discipline martiale, il faut donc bien se renseigner sur le cursus du professeur et faire un cours d'essai pour juger de la pertinence de son enseignement en fonction de votre recherche. Des connaissance approfondies dans plusieurs arts martiaux ou sport de combat, une pratique "ouverte" et "évolutive", des grades et des diplômes d'enseignements reconnus, ainsi qu'une formation spécifique en Self-Défense (telle que celle de l'ANSD) seront bien sûr un gage de sérieux mais il s'agit surtout d'une question d'état d'esprit général.

Je mets de côté les sports de combat dont la logique est trop différente des situations de rue (catégories de poids, un contre un, règles...) mais leur pratique est intéressante pour l'appréhension du stress en combat et avoir de bonne bases pieds poings reste promordial en Self-Défense.

 

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Avoir de bonnes bases pieds-poings est essentiel en Défense Personnelle.

 

 

Pour continuer à creuser cette réflexion, je viens de commencer une nouvelle série d'articles intitulées "Se défendre : Mythe vs Réalité" pour comparer les situations d'études proposées par les arts martiaux et la réalité actuelle. J'espère ainsi pouvoir mieux vous éclairer dans votre perception de ce que devrait être la Sef-Défense au 21e siècle !

 

Crédits photo : Ingram Publishing - Fotolia.

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Rédigé par self-defense-besancon.over-blog.com

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